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Une troïka a deux

Jacqueline Hénard, September 11, 2012

Sigmar Gabriel est l'un des trois hommes qui espèrent prendre la relève aux prochaines élections législatives en Allemagne. Quelles sont ses chances de réussite? Les cartes du parti social-démocrate qu'il préside, donné à 28 % dans le dernier somdage, restent médiocres. Dans la troïka de candidats à la candidature qu'il forme avec Frank-Walter Steinmeier, ministre des affaires étrangères et vice-chancelier du gouvernement de grande coalition et Peer Steinbrueck, jadis ministre des finances, Gabriel est celui qui fait le plus parler de lui en ce moment: Jeune père, il est certes officiellement en congé parental. Mais jamais il n'a donné autant d'interviews, exprimé autant d'avis radicaux, comparant les banques suisses aux bandes de crime organisé - et ceci est juste un exemple parmi d’autres - tout cela en vain. Des trois prétendants, Gabriel paraît le moins charismatique. Au mois de juillet 2012, 8% des sondés avaient envie de le voir tête de liste (en Allemagne, qui a un droit électoral tellement compliqué que la Cour constitutionnelle de Karlsruhe vient d'appeler à le modifier, on vote essentiellement pour un parti, et non pas pour un candidat, comme en France). Au bout de son parcours impressionnant d'auto-marketing... 12% seulement des sondés se sont prononcés en faveur de ce candidat. Pas de quoi renverser le cours des choses.

​Au SPD, au fond, c'est une troïka à deux qui avance, "les deux Stones", comme on dit à Berlin en allusion à la première syllable (Stein, ce qui veut dire pierre) que se partagent les deux autres, Steinmeier contre Steinbrueck.

Président du parti, Gabriel essaie de garder la main sur une décision qui pourrait encore jouer en sa faveur: la date à laquelle le parti choisira sa tête de liste. Gabriel voudrait attendre les élections régionales en Basse-Saxe (janvier 2013), Land duquel il a été ministre-président. Il est possible que le SPD continuera à avancer en organisme tricéphale, comme lors de sa visite au président français fraîchement élu en mai dernier. Mais au parti même les voix se multiplient qui demandent à la direction de ne pas pousser le ridicule jusqu'au bout. Le parti se reconnaît plus dans Frank-Walter Steinmeier, mais les obsevateurs berlinois le voient un peu hésitant à cause des maigres 23% qu'il avait réussis à récolter lors des dernières législatives en 2009. Peer Steinbrueck, plus cassant et moins populaire parmi les camarades du SPD, est retenu par sa famille dit-on, qui redoute les sacrifices liés à la tâche.

Face aux "Stones" avec leur chevelure de sénior, Sigmar Gabriel affiche ses allures de jeune père. Il a 52 ans, quatre de moins que Frank-Walter Steinmeier et treize de moins que Peer Steinbrueck. Le président du parti sait, comme les deux autres, combien la bataille sera difficile, le CDU donné gagnant (35% dans le sondage Allensbach d’août 2012), et ceci essentiellement à cause de la ligne que tient sa future tête de liste Angela Merkel (70%) dans la crise de l'euro. Le public allemand lui reconnaît la fermeté verbale autant qu'il se résigne aux concessions qui suivent. La chancelière rassure, et c'est ce que recherche la société allemande vieillissante.​

​L'Europe, sujet que les candidats français ont contourné le plus possible, sera au cœur de la campagne en Allemagne. La CDU à déjà annoncé qu'elle en fera son cheval de bataille, malgré le fait que sa branche régionale bavaroise éructe régulièrement des propositions dignes d'un souverainiste français. La SPD, elle, n'a pas encore choisi son sujet ni sa ligne européenne. Il semble qu'elle puisse difficilement en imposer un autre que celui de l'Europe, objet de toutes les préoccupations, mais pour lequel la CDU à une longueur d'avance. Gabriel pousse le projet européen vers plus d'intégration financière, avec une communautarisation des dettes souveraines et contrôle budgétaire européen accru. Ses propositions, qui plaisent en France pour leur première partie, vont plus loin que la ligne du gouvernement actuel...et que les idées que voudrait accepter le parti. La résistance qu'il y rencontre lui indiffère. Il sait que ses chances de sortir gagnant de la compétition interne au SPD sont modestes. Mais il sait aussi que le résultat le plus probable de toute la campagne électorale, à l'automne 2013, est une Grande coalition sous la direction de la chancelière actuelle. Soit une perspective immédiate peu attrayante pour un homme qui recherche le pouvoir. Finalement, le temps est son meilleur allié.

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