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Habemus candidatum!

Jacqueline Hénard , October 01, 2012

​C’est fait. Les sociaux-démocrates ont un candidat: Peer Steinbrück, ancien ministre des finances du temps de la grande coalition, s’est déclaré. Les camarades ne l’ont pas encore officiellement désigné, mais ils n’auront pas vraiment le choix, puisque Peer Steinbrück est sorti gagnant d’une longue course à trois dont il sera question plus loin. Pour l’instant, concentrons-nous sur la question qui intéresse au-delà du parti: à quoi s’attendre, si d’aventure la gauche venait à gagner les élections législatives à l’automne 2013? 

Peer Steinbrück, 66 ans, est un économiste qui a commencé sa carrière comme fonctionnaire au ministère de l’équipement avant de devenir conseiller technique auprès de Helmut Schmidt. Il oscille entre fonction publique et postes de cabinet. Peu après la réunification, il devient secrétaire d’état dans le Land de Schleswig-Holstein; quelques années plus tard, Peer Steinbrück sera ministre-président du Land le plus peuplé d’Allemagne, la Rhénanie-Westfalie du Nord. En 2005, il perd les élections régionales, mais revient peu après sur la scène fédérale en tant que ministre des finances. Les turbulences financières aidant, Peer Steinbrück acquiert une notoriété et une autorité qui le place souvent d’égal à égal aux côtés de la chancelière, alors même qu’un autre social-démocrate, Frank-Walter Steinmeier, est le vice-chancelier de droit d’Angela Merkel. 

Issu d’une famille bourgeoise, Peer Steinbrück affiche volontiers des convictions fortes. Il ne doute pas de lui-même, ni comme économiste, ni comme politicien. Dans un récit de la crise sorti il y a deux ans, Peer Steinbrück s’en prend au parti sans ménager les susceptibilités. Il traite ses camarades de „mauviettes“, et il ne prend pas plus de gants en s’adressant à ses collègues ministres ou à des politiciens étrangers. Le président Nicolas Sarkozy a peu goûté le franc-parler de ce teuton si cultivé et arrogant qu’il pourrait être sorti de l’Ena.

Peer Steinbrück est un intellectuel, mais il n’est pas policé.  Par le biais de sa fille (qui est récemment passé par l’Ena) il a une approche très personnelle de la France et du fonctionnement de sa haute fonction publique. Il lit, et il le fait savoir. Ainsi, il recommande par exemple la lecture de l’épopée des huguenots par Robert Merle en dix volumes. Il sait manier le verbe clair tout comme l’argument. Nils Minkmar, qui dirige les pages culture et société de la Frankfurter Allgemeine Zeitung, quotidien conservateur, avait été impressionné en 2010 par un discours de Peer Steinbrück sur l’Europe et la relation franco-allemande: „de la politique pour adultes, peu de flagornerie, beaucoup d’analyse, ni polémique, ni promesses“.

Le futur candidat a triomphé dans une course qui commençait à ridiculiser le parti et ses candidats. Les rivalités, les vanités et les fragilités respectives menaçaient d’occuper l’espace public au détriment du débat sur un programme en mesure de déthroner la très populaire chancelière. La candidature de Peer Steinbrück promet une campagne qui ne manque ni de substance, ni de piment. Sur le terrain européen, il a une stature qui peut sortir le SPD du flou dans lequel il se trouve, face à une chancelière experimentée et populaire. Le jour même où les autres candidats ont publiquement déclaré forfait, Peer Steinbrück a fait savoir qu’il ne partait pas au combat pour devenir vice-chancelier dans une grande coalition dirigé par Angela Merkel. Pour gagner, il devra rassembler un parti et des alliés nettement plus à gauche que lui, en passant notamment par le terrain social qui n’est pas son domaine. Vu de France, il ne faudra pourtant pas s’y méprendre: Peer Steinbrück n’est pas un socialiste!

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