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Emploi cherche preneur (jeune, de préférence)

Jacqueline Hénard, April 17, 2013

 

Alors que le chômage concerne désormais la moitié des jeunes dans certains pays d’Europe du Sud, les entreprises en Allemagne n’arrivent plus à recruter autant qu’ils aimeraient le faire à la sortie de l’école. Dès 2012, 70 000 places en formation professionnelle en alternance sont restés vides par manque de candidats. Il faut préciser que cette voie de formation n’est, culturellement, pas connoté comme un pis-aller outre-Rhin. Etant donné l’inversion de la pyramide des âges en Allemagne, et la diminution rapide du nombre de jeunes en fin de parcours scolaire, qui sera fera sentir dès 2014 (moins 65 000), les entreprises se trouvent devant un défi grandissant, note la confédération des chambres de commerce et des métiers allemande, la DIHK, après une enquête auprès de 15 002 entreprises.
Vu de plus près, une partie des offres non pourvues se situent dans des secteurs peu attrayants, qui, à terme, mènent vers une activité peu rémunérée et physiquement éprouvante. Il n’est pas si étonnant que cela si la majorité des offres de formation la restauration (55 %), et un quart dans la construction (25), transport et logistique (23) ne trouvent pas preneur. Mais le manque est d’un ordre plus général. Sur l’ensemble des branches, les deux tiers des entreprises disent ne pas avoir reçu suffisamment de candidatures. 19 % des entreprises n’ont vu aucun candidat se présenter (2006: 4%).
Le recrutement ciblé à l’étranger est loin d’être le premier choix des entreprises. Elles se trouvent donc bien obligés d’inventer de nouveaux modèles de formation pour palier aux faiblesses de candidats qu’ils auraient exclus d’emblée à d’autres époques:
1. Baisser les exigences et offrir une formation para-scolaire supplémentaire. 60 % des entreprises proposent d’ores et déjà des cours de mathématique et d’allemand. Dans les grandes villes comme Stuttgart, Francfort ou Heilbronn, plus de la moitié des écoliers est issue de l’immigration (non-germanophone). Les formateurs indiquent que, d’une façon générale, les jeunes manquent surtout de compétences sociales comme la discipline et l’endurance. Un quart des apprentis jette l’éponge en cours de route.
2. Recruter les étudiants en situation d’échec. Le potentiel est considérable: tous les ans, 100 000 jeunes quittent l’université sans aucun diplôme. Les chambres de commerce ont mis en place des formations accélérées qu’ils cherchent à populariser à grand frais d’annonces.
3. Voir du côté des moins jeunes (25-34 ans) qui n’ont pas réussi à entrer dans le marché du travail du premier coup.
4. Réduire le nombre de places proposées, comme un tiers des TPE, un cinquième des PME (moins de 199 salariés) pensent le faire dès 2013.
5. Réfléchir une deuxième fois à recruter à l’étranger. Les PME, qui créent le plus d’emplois, sont ceux qui y sont le plus réticents en amont, et les plus pragmatiques une fois les perles identifiées.
Un chiffre de l’agence nationale pour l’emploi commence à pénétrer les esprits: d’ici 2025, le potentiel d’actifs se contractera de 6,5 millions de personnes. L’Allemagne change en profondeur. Dans une dizaine d’années, il se peut qu’elle sera plus inclusive et plus internationale à la fois.

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